Avis sur le Queen Victoria
Queen Victoria · Cunard
- 3,6 note de l’expert /5
- 2 074 passagers par traversée
Avis complet sur le Queen Victoria : notre test après analyse des retours de croisiéristes
Kamel Belgacem
Passionné de croisière
Expert en croisières depuis plus de 20 ans
Avis éditorial, distinct de la note des passagers.
Notre avis complet sur le Queen Victoria
Ce que les passagers pensent vraiment du Queen Victoria
En lisant les avis de ceux qui ont navigué sur le Queen Victoria, une chose frappe : le même navire produit des récits opposés selon l'âge, la cabine et le nombre de croisières Cunard déjà faites. Un couple qui en est à sa quatrième traversée parle d'un navire « déclassé » ; un autre, qui compare avec ses trente ans de croisières, dit n'avoir jamais aussi bien mangé ; des trentenaires en lune de miel se sont ennuyés, et une passagère venue seule a trouvé « un navire calme où lire sur le pont et bien dîner le soir ». Sur les 45 avis de passagers étudiés, dix-sept disent qu'ils ne reviendront pas, neuf ont déjà réservé la suivante.
La ligne de partage passe par les attentes. Ceux qui viennent pour la tradition Cunard, le thé, les bals, les conférences et l'élégance d'un paquebot jamais bondé repartent conquis. Ceux qui attendent un service de compagnie de luxe, une cuisine irréprochable chaque soir ou un navire flambant neuf en repartent frustrés. Voyons pourquoi, poste par poste.
L'embarquement : quinze minutes, un verre à la main
C'est le point le plus unanime des avis : à Southampton, à Barcelone ou à Civitavecchia, l'embarquement se fait en quinze à vingt-cinq minutes, les valises attendent souvent sur le lit à l'arrivée en cabine, et un passager en fauteuil roulant raconte avoir été accompagné jusqu'à sa porte. Le débarquement est plus contrasté : « le plus facile de toutes nos croisières », « à terre dix minutes après l'appel » pour les uns ; pour un couple au vol tardif, une sortie imposée à 8 h 30 et six heures d'attente au terminal sans pouvoir ressortir.
Le vrai point noir logistique, ce sont les escales à tender : jusqu'à mille personnes rassemblées au théâtre en attendant les navettes, deux heures d'attente à Kotor, une organisation « chaotique » à Sorrente. D'autres passagers les ont trouvées bien gérées ; la différence tient sans doute à la météo et au taux de remplissage. Si le sujet vous inquiète, privilégiez un itinéraire à quai.
Les cabines : bien pensées, mais des salles de bains de 2007
Sur la conception, les avis convergent. Les cabines balcon Britannia offrent une penderie « la plus généreuse de nos croisières récentes », un balcon profond, plus encore au pont 4, un lit convertible, une bouilloire avec thé et café, et « très peu de bruit » pour plusieurs couples. Un passager de Queens Suite parle de « la meilleure disposition que nous ayons eue », et les passagers sans gluten ou à mobilité réduite sont parmi les plus satisfaits du bord.
Mais la salle de bains revient dans treize avis, toujours pour la même raison : une douche étroite fermée par un rideau, un bac qui déborde (« l'eau monte jusqu'aux chevilles »), une pomme de douche fixe trop basse pour qui dépasse 1,80 m, et un habillage plastique d'origine, fissuré par endroits. S'y ajoutent, sur les croisières de 2025 et 2026, des récits de moquette tachée, de canapé élimé, d'un balcon resté sale malgré trois signalements et d'une fuite par la porte de balcon supportée onze nuits sans relogement. La literie divise, « pas une bonne nuit en deux semaines » contre « un lit incroyable », et presque tous notent l'absence de prise près du lit et la rareté des ports USB.
Deux conseils reviennent avec insistance. Évitez l'avant du pont 4, où les propulseurs se font entendre aux manœuvres, et les suites d'angle de l'arrière par mer formée, sujettes aux vibrations. Et pour qui veut la table intime des Grills sans le prix d'une suite, un habitué du Queens Grill lui-même conseille la cabine Britannia Club : « je prendrais un balcon Club et les restaurants de spécialité ».
La restauration : un thé unanime, un Britannia qui divise
S'il existe un consensus, c'est sur l'afternoon tea de la Queens Room, servi en gants blancs avec orchestre : « de loin le meilleur élément du voyage, comme à l'âge d'or », « des scones à tomber ». Les Grills tiennent leur rang, avec la sole de Douvres préparée à table et une carte à la demande (« nous avons adoré presque tout »), même si un habitué trouve le menu vieillissant. Le buffet Lido a ses fidèles pour ses pizzas et pâtes à la commande et son offre sans gluten, le Golden Lion pour ses fish and chips et son sticky toffee pudding.
Le Britannia Restaurant, lui, coupe les avis en deux. « La meilleure cuisine depuis trente ans », un bœuf Wellington réussi, « seulement deux plats ratés en deux semaines » d'un côté ; « un menu identique à 99 % pendant quatorze jours », des portions réduites, de la cuisse là où l'on attendait du blanc de poulet, des petits-fours « indignes » et un plateau de fromages sans brie ni stilton de l'autre. Les fidèles y lisent des économies, et c'est le reproche le plus fréquent de tout le corpus. Le restaurant de spécialité The Verandah est tout aussi partagé : « l'un des meilleurs restaurants en mer » pour un testeur, « ne payez pas le supplément, il a sérieusement décliné » pour un autre passager.
Le service : des stewards adorés, une réception qui déçoit
Vingt-quatre avis saluent l'équipage de cabine et de salle : « ils vous traitent comme de la famille », un majordome « qui ne pouvait pas en faire assez », et pour une passagère déçue par tout le reste, « le seul point qui sauve la croisière ». Les critiques visent moins les personnes que le système : un serveur qui soupire quand on change de plat, un personnel « qui ne veut pas être là » sur une croisière de 2025, une réceptionniste « ouvertement hostile », et des réclamations restées sans réponse après un mois, voire sept semaines. Trois avis de fidèles regrettent aussi des officiers invisibles, jamais présentés au capitaine « en vingt-cinq croisières », quand d'autres l'ont trouvé très présent.
Le théâtre, le bal et les conférences : le cœur du produit
Le Royal Court Theatre fait l'unanimité en tant que salle : ses loges, son absence de piliers, ses « chanteurs exceptionnels » et un niveau « West End » pour les uns. Le programme, lui, dépend de l'âge du spectateur : « que du swing et de la comédie musicale », « ciblé pour la génération de mes parents », et un couple raconte avoir quitté chaque spectacle avant la fin. Les conférenciers sont l'autre point fort, avec des journalistes, d'anciens sportifs et un astrophysicien cités comme « exceptionnels », et la bibliothèque de 6 000 livres est « magnifique ».
La Queens Room est le juge de paix : les danseurs de salon y trouvent la raison de choisir ce navire, les autres la trouvent « à moitié vide » certains soirs, et regrettent les pauses de quinze minutes entre deux sets. Un groupe d'amis aurait voulu « un peu de disco » ; le Yacht Club est « sympa mais calme ». Sur ce navire, la nuit se termine tôt, et c'est un choix.
Le spa, les piscines et les espaces publics : l'élégance d'abord
Le Royal Spa est l'un des espaces les mieux notés : une salle de sport « parmi les meilleures », une suite thermale à 39 $ les deux heures qu'un couple range parmi ses préférées, un sauna gratuit dans les vestiaires. Les piscines, elles, sont parfois fermées les jours de mer par gros temps, et un passager a trouvé de la suie sur les transats du Lido.
Côté espaces publics, c'est le plébiscite : le Grand Lobby, la Royal Arcade et son horloge, le Chart Room et ses cartes marines, le Commodore Club sur la proue, « l'élégance Art déco », et surtout un navire « jamais bondé », y compris à pleine charge. La tenue du soir fait partie du décor : deux galas par semaine, une majorité de passagers qui joue le jeu, et des fidèles qui s'agacent de voir des shorts et des jeans « jusque dans les Grills ». Sur le fameux système des classes, un couple parle d'un « système discriminatoire », un testeur rappelle que « 90 % du navire est ouvert à tous » et qu'on s'y mélange librement.
L'état du navire : fatigué avant la cale sèche d'octobre 2026
C'est le second reproche du corpus, et il est daté. En 2023, un testeur trouvait le navire « impeccable à seize ans ». Les avis de 2025 et 2026 racontent autre chose : de la rouille et un papier peint qui se décolle, des seaux sous des plafonds qui fuient, une soudure en cabine, des rambardes au vernis écaillé, deux ascenseurs sur quatre à l'arrêt dans une batterie, une verrière du Winter Garden qui ne s'ouvrait plus, et un chauffage « à la température d'une maison de retraite » pour un passager, une climatisation « excellente » pour un autre. D'autres passagers de la même période « n'ont pas trouvé l'état problématique ».
La cale sèche d'octobre 2026 à Rotterdam a refait le Grand Lobby et la Queens Room, remis à neuf les suites Queens Grill et Princess Grill, ajouté huit cabines vue mer au pont 10 et un Pavilion Wellness Café. Elle n'a pas, à notre connaissance, touché aux salles de bains des cabines Britannia. Les avis des prochains mois diront ce qu'elle a changé.
Le rapport qualité-prix : tout dépend d'où l'on vient
Les nouveaux venus font le calcul et le trouvent bon : « un quatre étoiles à terre ne vous donnerait pas ça », une centaine de livres par nuit sur une courte croisière, treize cents livres par personne la semaine tout compris. Les fidèles, eux, mesurent le recul : « ils facturent tout », « premium à l'annonce, grand public dans l'assiette », « sans les Grills, ce n'est plus une compagnie de luxe », des ports manqués pour cause de météo dans onze avis sans un geste commercial, pas même une heure de Wi-Fi. Les extras s'additionnent vite : cocktail à 18 $, soda à 13 $, forfait alcool de 70 à 75 $ par jour, Wi-Fi proche de 700 $ pour deux semaines, excursions jugées chères et parfois mal organisées, navettes désormais payantes.
Un point s'est amélioré : le Wi-Fi, « complètement raté » en 2025, passe par satellite en 2026 et suffit désormais à une visioconférence, au prix fort.
Notre verdict
Le Queen Victoria est le paquebot de ceux qui aiment la croisière à l'ancienne : on s'y habille, on y danse, on y écoute des conférenciers, on y prend le thé en gants blancs et l'on y dîne à sa table attitrée. Le Royal Court Theatre, la Queens Room, la bibliothèque, le Chart Room et le Commodore Club sont de vrais lieux, jamais bondés, et le spa est excellent. Mais le restaurant principal ne convainc plus tout le monde, les salles de bains ont l'âge du navire, les extras s'accumulent, et les avis de 2025 et 2026 décrivent un paquebot fatigué que la cale sèche d'octobre 2026 doit remettre à niveau. En Britannia Club ou dans les Grills, pour un couple qui vient chercher l'ambiance Cunard, c'est une belle croisière. En cabine standard, avec l'idée d'un luxe tout compris, la déception guette.
Ce qui est top
- L'afternoon tea de la Queens Room, servi en gants blancs, la table la plus consensuelle du bord
- L'embarquement en quinze à vingt-cinq minutes, cité dans quinze avis
- Des stewards et des serveurs attentionnés, salués même par les passagers déçus
- L'élégance des espaces publics et un navire jamais bondé
- Le Royal Court Theatre et ses loges, les musiciens et les conférenciers
- La bibliothèque de 6 000 livres et les salons calmes des jours de mer
- Le Royal Spa, la suite thermale et la salle de sport
- Les Grills pour les passagers des suites, et le Britannia Club comme meilleur compromis
- Les pizzas et pâtes à la commande du Lido, et une vraie offre sans gluten
- Les bals et les cours de danse, la raison de venir pour les danseurs
Ce qui cloche
- Le Britannia Restaurant, jugé répétitif et en recul par dix-sept avis
- L'usure du navire en 2025 et 2026 : rouille, fuites, vernis écaillé, ascenseurs en panne
- Des salles de bains étroites au rideau de douche, dans treize avis
- Des ports manqués pour météo sans compensation, dans onze avis
- Un divertissement classique qui laisse les moins de 40 ans sur leur faim
- Des réductions de prestations relevées par les fidèles, du fromage aux petits-fours
- Une réception et un suivi des réclamations défaillants dans plusieurs récits
- Le bruit des propulseurs à l'avant du pont 4 et les vibrations des suites arrière
- Un code vestimentaire inégalement appliqué, qui agace les habitués
- Des boissons, un Wi-Fi et des excursions chers
Pour qui c'est fait :
- Les couples de plus de cinquante-cinq ans qui aiment la tradition : tenue de soirée, table attitrée, orchestre et bal
- Les danseurs de salon, pour qui la Queens Room vaut à elle seule la croisière
- Les amateurs de conférences, de lecture et de journées de mer paisibles
- Les voyageurs en solo, avec neuf cabines individuelles et des tables partagées
- Les passagers des Grills et du Britannia Club, qui profitent du meilleur de la table
- Les régimes particuliers, sans gluten notamment, et les personnes à mobilité réduite sur un itinéraire à quai
Pour qui ça ne marchera pas :
- Ceux qui veulent des toboggans, une tyrolienne ou une discothèque jusqu'à l'aube
- Les trentenaires en quête de nouveauté, plusieurs s'y sont ennuyés
- Ceux qui attendent un luxe tout compris : à bord, presque tout se facture
- Les habitués de compagnies de gamme comparable qui compareront le service à la loupe
- Les plus de 1,80 m qui tiennent à leur douche, et les dormeurs sensibles aux vibrations en suite arrière
- Ceux qui refusent de s'habiller le soir
Bon voyage, et à bientôt en mer !
Kamel Belgacem
Passionné de croisière
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